Architecture contemporaine de Lot-et-Garonne

Panorama 20e & 21e siècles - Lot-et-Garonne

Fiche

Bureaux de la Préfecture

Lieu de travail

Commune

Agen (47000)

Adresse

Allées Pomarède

Maître(s) d'œuvre

Jean PAYEN

Maître d'ouvrage

Préfecture de Lot-et-Garonne

Année de livraison

1964

Période de réalisation

1946-1975

Bureaux de la Préfecture de Lot-et-Garonne © CAUE 47

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Bureaux de la Préfecture de Lot-et-Garonne façade latérale © CAUE 47

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Bureaux de la Préfecture de Lot-et-Garonne détail de la façade © CAUE 47

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Bureaux de la Préfecture de Lot-et-Garonne façade principale © CAUE 47

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Détil sur la composition géométrique de la façade principale © CAUE 47

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Module géométrique en béton à usage de pare-soleil sur la façade principale © CAUE 47

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Une galerie en béton largement vitrée raccorde les bureaux à l’ensemble immobilier de la préfecture © CAUE 47

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Les archives départementales construites dans un style néo-classique sont voisine des bureaux de la préfecture au style plus épuré © CAUE 47

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Afin d’agrandir leurs bureaux, les services de la Préfecture confient dès 1958 à Jean Payen, architecte des bâtiments de France, le soin de créer une extension aux bâtiments réhabilités par Léopold Payen au début du 20e siècle. En rupture avec cette architecture, ce nouvel édifice adopte un style architectural proche du style international. Par la simplicité de son volume et la sobriété de sa façade, il s’inscrit parfaitement dans un contexte urbain où l’ancien grand séminaire (actuel lycée technique) côtoie la cité administrative des années 50.

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Le bâtiment, s’inscrit dans une dent-creuse située entre l’immeuble des archives départementales et le lycée technique J.B de Baudre. Pour permettre sa réalisation, la commune d’Agen a cédé en 1960 au Conseil général un terrain dépendant du patrimoine communal. Alors qu’au début du 20° siècle, un autre architecte départemental Léopold Payen, reconstruit avec son fils Edouard, à l’identique les immeubles de la Préfecture détruits par un incendie, en 1961, Jean Payen adopte un style épuré pour cette annexe de la Préfecture.

Ce parti architectural, empreint de modernité, se manifeste principalement dans la composition géométrique de la façade principale, donnant sur les allées Pomarède (ancienne Place de Verdun). J.Payen choisit de « ne pas raccorder les archives », d’un style qu’il juge « périmé », à son futur édifice, « pour conserver à la salle du Conseil général une vue directe et un éclairement sur la place de Verdun ». Il décide de « se tenir à une hauteur intermédiaire entre les deux extrêmes (archives d’un côté et lycée de l’autre), pour obtenir un échelonnement harmonieux, dans la dissemblance de style la plus complète ». Une légère surélévation met en scène le niveau du rez-de-chaussée ouvert au public, tout en dissimulant le sous-sol destiné au stationnement.

Elevée sur 5 niveaux (un rez-de-chaussée  surélevé, 3 étages et un sous-sol utilisable pour les garages) et couvert d’un toit à très faible pente, cette annexe représente un gros volume parallélépipédique qui se raccorde à l’ensemble immobilier de la Préfecture par une galerie en béton largement vitrée. Dans ce contexte patrimonial (la Préfecture étant inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques), cette galerie a été « traitée le plus légèrement possible à la demande de l’architecte en chef des monuments historiques » (Michel Mastorakis). Elle ne se raccorde qu’à 2 niveaux du nouvel édifice pour absorber les très importantes hauteurs de plafond de la bâtisse ancienne.

Selon le devis descriptif établi en 1958, par l’architecte :
- l’ossature générale est en béton armé avec en élévation une maçonnerie de remplissage en briques creuses et parement en ciment-pierre ;
- la couverture repose sur une charpente en sapin et est couverte de zinc ;
- les menuiseries extérieures, métalliques en double vitrage, sont équipées de stores vénitiens à lames orientables ;
- des choix de matière garantissent une harmonie : béton de pierre de Vianne layé pour les encadrements, l’ossature, … et crépis à la chaux grasse, d’une tonalité assez blanche, pour les murs ;
- le chauffage par des panneaux rayonnants  incorporés dans la chape des planchers en béton et en plafond

La modénature de la façade publique repose sur le recours répété à un module géométrique en béton à usage de pare-soleil mais aussi d’« abat-pluie », selon les termes mêmes de l’architecte.. Chaque ouvrant au sein de ce module est oscillant-battant de façon à pouvoir être manœuvré même en cas de forte pluie.  Au dernier étage, en corniche, les baies sont implantées en retrait, derrière un appui en béton, qui camoufle le chéneau de recueil des eaux pluviales. Elles sont aussi abritées par un profond avant-toit, « pour allonger le bâtiment qui serait un peu court ». Cet élément préfabriqué, constituant l’encadrement de chaque baie, est coulé en béton dans la masse, avec des moellons de pierre de Vianne concassés. Il est bouchardé ou rainuré après décoffrage.

Pour la façade est (côté cour) une composition identique est adoptée, sans, toutefois, l’effet plastique des brise-soleil qui n’ont pas été rajoutés, mais avec la présence d’un claustra en béton moulé qui habille la cage d’escalier. Dans un devis descriptif de mai 1961, l’architecte décrit scrupuleusement la mise en œuvre d’un enduit à la chaux grasse, qu’il considère « d’une clarté, d’une « blondeur » inégalée. Selon lui, « c’est la meilleure protection aux intempéries. Il exige du temps et beaucoup moins de main d’œuvre, … ». A signaler sur le plan technique la mise en œuvre d’un chéneau en béton dilatable, de marque Degaine, dont l’usage et l’exécution sont protégés par un brevet technique.

S’agissant de l’organisation des bureaux, le plan des niveaux concentre les fonctions de liaison (cages d’escalier, jonction avec la galerie) et les sanitaires dans un espace circonscrit, ce qui permet une distribution assez libre des bureaux sur chaque plateau de part et d’autre d’un large couloir, dont le parcours est simplement rythmé par des placards dessinés sur mesure. De plus, un dispositif de cloisons amovibles en bois alvéolaires permet de recomposer les surfaces des bureaux selon les besoins des services. Ainsi que le décrit J. Payen dans une notice descriptive de mars 1961, « le rythme de la construction est prévu, avec tous accessoires, pour assurer la plus grande liberté d’implantation des bureaux ». L’organisation du rez-de-chaussée spécifique en raison de la fonction d’accueil du public ; a récemment fait l’objet de réaménagements pour répondre à des normes nouvelles de sécurité et d’accessibilité.

Ce principe de composition géométrique des façades s’apparente fortement à celui retenu par Auguste Perret,  architecte de la reconstruction de la Ville du Havre. Payen, à l’instar de Perret, respecte un ordonnancement classique, qui clarifie la lecture des différents niveaux. Le socle du rez-de-chaussée, souligné par un bandeau filant, les étages courants unifiés par la trame des modules, et enfin le niveau de combles, signalé par le rythme des baies plus étroites et l’ombre des avants-toits. Le recours au béton nu, l’absence d’ornement, le choix de la fonctionnalité, une banale simplicité, autant de caractéristiques qui signalent une démarche architecturale proche du classicisme structurel de Perret.