Architecture contemporaine de Lot-et-Garonne

Panorama 20e & 21e siècles - Lot-et-Garonne

Fiche

Ecole de filles Paul Bert

Construction publique

Commune

Agen (47000)

Adresse

6 rue Paul Bert

Maître(s) d'œuvre

Roger MAURIN, ingénieur des Arts et Manufactures

Maître d'ouvrage

Ville d'Agen

Année de livraison

1954

Période de réalisation

1946-1975

Surface

1100m2

Coût

19 à 20 millions d’anciens francs

Façade principale de l'école Paul Bert - 2017 © CAUE 47

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Façade principale de l'école Paul Bert - non daté © CAUE 47

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Façade arrière de l'école Paul Bert - non daté © Pôle Mémoire et Archives / Agen.

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Façade arrière de l'école Paul Bert - non daté © Pôle Mémoire et Archives / Agen.

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Etape importante du développement du quartier du Sacré Cœur à Agen la construction de l’école Paul Bert permet le transfert de 240 élèves depuis l’école publique de la rue de Romas, rendu nécessaire pour assurer le développement de l’Ecole Normale. A la suite de nombreuses péripéties administratives, l’école sera livrée par Roger Maurin pour la rentrée de 1954. Elle sera surélevée pour tenir compte de la crue de la Garonne de 1952.Au classicisme de son organisation fonctionnelle répond la composition symétrique de la façade sur rue, symbole d’une institution publique essentielle dans la vie de ce nouveau quartier.

En savoir +

La décision de créer l’école Paul Bert intervient dès décembre 1949 à la demande du Conseil général qui souhaite transférer une école de 240 filles pour mieux assurer le développement de l’école normale. La maîtrise du terrain d’implantation, propriété de la famille Lannes, fait l’objet de litiges par le locataire M. Ducos, alors gestionnaire d’une entreprise. A la suite d’une déclaration d’utilité publique, une entente est trouvée permettant à M. Ducos de poursuivre son activité en bordure de la route de Toulouse.

La municipalité Pain organise dès 1950 à la demande du ministère une consultation d’entreprises sur la base d’un programme technique. Compte tenu que l’état des finances de la ville d’Agen ne permet pas d’envisager une construction en dur, l’objectif est de choisir le meilleur procédé de préfabrication pour construire un groupe scolaire provisoire en matériaux préfabriqués.

In fine, avec l’avis favorable du Ministère de l’éducation nationale, et l’octroi d’une subvention plus importante, la ville d’Agen décide de s’engager sur une construction en dur et d’en confier la conception et le chantier à Roger Maurin, ingénieur des arts et manufactures. Installé à Agen, ce dernier a réalisé un bâtiment municipal, porte du Pin, a rénové différentes écoles à Casteljaloux, et Nérac. Il est agréé en tant qu’architecte par le Ministère de l’Education Nationale pour la construction de terrains de sports à Casteljaloux et à Nérac.

Le programme de cette école comprend à l’origine :
- une école primaire élémentaire de filles de 6 classes avec préau couvert réglementaire
-une cantine scolaire de 120 m2
-une maison de directrice à un étage sur sous-sol habitable
-un bloc de wc réglementaires sur fosse septique.
Chaque classe devra recevoir environ 40 élèves.

Ce cahier des charges technique établi par le service d’architecture de la ville (programme du 1/02/1950) précise que « les locaux seront aussi confortables que possible, sans donner pour cela l’impression d’un luxe inutile ». Une subvention de 9 968 070 francs représentant 53% du coût prévisionnel est allouée par le Ministère de l’Education Nationale à la ville d’Agen.

La crue du 3 février 1952 ayant submergé le terrain sur une hauteur d’1m50, la ville est obligée d’envisager de remanier le projet pour mettre hors d’eau les salles de classe. Les surcoûts engendrés par cette surélévation nécessitent la recherche d’économies par une nouvelle disposition des fonctions.

Le sous-sol est ainsi affecté pour partie à un préau, pour une autre partie à un débarras et un garage, et pour une dernière partie à l’aménagement d’une salle de culture physique rééducative. La maison de la directrice qui devait être indépendante est finalement supprimée : un appartement lui est attribué dans le bâtiment.

Le bâtiment livré pour la rentrée 1954 déploie aujourd’hui une façade sur rue, longue de 55 mètres, dont la composition quasi symétrique met en valeur l’entrée principale en rez-de-chaussée et une galerie vitrée supérieure. Au pied des 2 rampes d’escalier disposées symétriquement, le porche d’entrée soutenu par 3 larges colonnes, commande l’accès au préau par 2 portes.

Le double escalier d’accès aux étages est monumentalisé par le dessin des emmarchements qui s’évase en pied de façade et par le recours à une rambarde pleine en béton, simplement surmontée d’une main-courante en fer forgé. Ces 2 escaliers conduisent à une galerie qui court sur la longueur du bâtiment desservant les 6 salles de classe, largement éclairée par des fenêtres en bandeaux. Ces ouvertures, aux proportions plus longues que hautes, sont probablement la seule concession de l’ingénieur aux principes de l’architecture moderne. Elles combinent le dessin géométrique des carreaux de simple vitrage et le rythme régulier des meneaux appareillés en brique foraine. Ce large bandeau vitré est cependant souligné par un cadre mouluré en béton qui correspond à un détail d’inspiration classique.

Les façades latérales sur cour présentent elles-aussi une composition classique, où les détails concernent principalement les ouvertures qui sont ourlées de cadres en béton et dotées de meneaux en terre cuite. L’ensemble du bâtiment présente une casquette de débord de toit en béton qui supporte les gouttières.

A l’extrémité nord du bâtiment, le logement de la directrice est hébergé au 2nd niveau.  Sa distribution présente des pièces aux  surfaces généreuses qui témoignent de l’attention accordée à cette fonction du programme. Le salon-salle à manger donne sur une importante terrasse orientée à l’est, située au-dessus du réfectoire.

A l’issue d’une dernière argutie introduite par l’inspecteur d’académie en 1954, l’ingénieur-architecte obtient du maire d’Agen de ne pas modifier son projet et de ne pas donner accès directement depuis la galerie aux wc situés dans le préau (courrier du 26 mai 1954). L’accès à cette demande aurait conduit à réduire considérablement la largeur de cette galerie, qui constitue avec le double escalier un des éléments caractéristiques de ce projet.

Par le classicisme de la composition et la facture architecturale dépouillée qui allie vocabulaire classiques et moderne, on peut considérer que cette école fait référence au style de l’architecte Auguste Perret, en charge à la même époque de la reconstruction du Havre.